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Yoga et colère - de l’aversion à la bienveillance

 

"  Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère » Montaigne

 

 

 La colère est une émotion naturelle, qui fait souvent plus de mal à soi-même qu’aux autres.

 

Elle trouve principalement sa source dans la peur, l’attachement, les habitudes, la tristesse et la frustration.

 

Lorsqu’elle s’exprime, elle empoisonne notre corps et notre cœur.

 

Dans tous les cas, elle est souffrance.

 

Il existe des signaux physiques qui peuvent nous informer de notre état intérieur, et nous signaler une irritation, une impatience, un rejet… toute forme de manifestation corporelle précédant l’expression de la colère.

 

Ceux-ci sont souvent :

 

  • -         Yeux tendus ( les yeux qui fusillent 

 

  • -         Mâchoires serrées ( envie de mordre)

 

  • -         Bras et mains crispés ( envie de frapper)

 

  • -         Dos tendu et courbé (prêt à l’attaque)… 

 

Ces signaux sont nos meilleurs alliés pour repérer ce qui se passe en nous et agir suffisamment tôt afin d’éviter d’aller jusqu’à la colère.

 

Il s’agit donc à nouveau de développer Drashtar, l’observateur témoin,  l’attention dont parle Montaigne, l’espace de conscience en nous qui voit sans jugement et sans identification, afin de remonter à la source et comprendre les causes déclenchantes.

 

C’est ce travail d’observation consciente de soi auquel nous encourage le yoga pour parvenir à se libérer du cercle automatique des réactions.

 

 

QUE DISENT LES YOGAS SUTRAS ?

 

Pour Patanjali la colère est le fruit de l’ignorance et de l’égoïsme.

 

Elle est comparée à une vague , un « vritti » qui perturbe le calme mental-  qui est notre nature véritable -  provoquant  une décharge d’énergie incontrôlée dirigée soit à l’extérieure soit de façon plus « sourde » à l’intérieur de soi.

 

Il existe un lien puissant entre la peur et la colère. La colère se manifeste souvent par la peur de «  ne pas y arriver « …en constituant un aveu de faiblesse ou d’impuissance. Une forme de résistance et de tension s’installe qui met le feu à la colère.

Les personnes en état de stress fréquent ont un système sympathique suractif, toujours prêt au combat, et ont du mal à utiliser au mieux leur système parasympathique.

Ces personnes sont toujours tendues par la possibilité d’une menace, même si elles n’en ont pas l’air. Elles bénéficieront d’une pratique quotidienne de yoga et de méditation pour s’autoriser à lâcher prise

 

 

Les yoga sutras conseillent :

 

1.     Une fois  l’émotion désagréable repérée, reconnue et acceptée  , il s’agit de cultiver le rasa contraire, soit la qualité qui s’oppose au vice… c’est-à-dire , en ce qui concerne l’aversion, la bienveillance.

 

Tout comme la colère peut s’entretenir  et se renforcer par habitude, car tout se renforce dans la répétition, la pratique de l’attention et de l’observation peut nous apprendre à « cesser de réagir immédiatement », à prendre un peu de recul et de distance.

 

Le mental est comme un muscle qui s’entretient. Il n’est pas moi, mais une partie de moi sur lequel je peux agir, en développant la conscience.

 

2.    Les yogas sutras invitent aussi envers ceux dont le comportement  pourrait créer en nous de la colère à cultiver une forme de neutralité, puis de bienveillance : «  l’esprit devient paisible en cultivant  a neutralité   envers ceux que nous percevons comme malveillants ou mauvais. » (1.33)

 

 

QUE FAIRE CONCRETEMENT ?

 

Il ne s’agit pas de réprimer la colère, mais de la reconnaître avec bienveillance. C'est une énergie  à transmuter qui contient en elle un feu positif, une force constructive sur laquelle on peut bâtir ensuite. Elle nous montre que des limites ont été dépassées et qu'il s'agit de (se) réaligner, re-cadrer, réorienter.

Pour devenir conscient de ce qui est en jeu dans les moments de colère, l'observateur est notre allié

 

Les premiers pas de  l'observateur (Drashtar) sont :

 

1.     Etre présent et reconnaître l’émotion ou les émotions ( colère et peur, colère et frustration, colère et impuissance, colère et tristesse…)

 

2.     Etre curieux et se permettre de ressentir les sensations de l’émotion ou des émotions dans le corps (où est ce que ça se vit?)

 

3.     Investiguer et se poser la question du "pourquoi?" qu'est ce qui se passe? qu'est ce qui a déclenché cette colère? Reconnaître la ou les croyances qui soutiennent la colère ("Ca doit être parfait, je dois contrôler, Il faut faire vite..)

 

           4.   Voir plus large ( l'énergie de colère qui fait mal dans le corps, la tension qui est dégagée tout autour de nous…)

 

5.     Ne pas juger

 

6.      Avoir conscience de la douleur émotionnelle et de la neutralité bienveillante de celui qui observe (drashtar)

 

7.      Choisir ce qui nous ramène au calme et à la bienveillance : respirer,  se secouer, mantra, geste d’ancrage….

 

8.      Parler, exprimer ce qui est là, sans agressivité.

 

 

 

OUTILS EN CAS DE TENDANCE A LA COLERE

 

  • La communication non violente de Marshall Rosenberg est une pratique qui peut nous aider, une fois la colère repérée, à l’exprimer avec bienveillance.

 

  1. 1.         Parler en « Je 
  2.    Rester le plus possible factuel …pour ne pas laisser l’émotion l’emporte
  3.        Parler en terme d’émotion et de besoin
  4.   Apprendre à exprimer une demande claire

 

Exemple :

Lorsque je me suis retrouvée à t’attendre pendant une heure et que je n’ai reçu aucune nouvelle de ta part, même pas un sms. LES FAITS

 

Je me suis sentie triste et en colère. EMOTION

 

J’ai besoin de considération et de respect. BESOIN PROFOND.

  

J’aurais eu besoin d’être avertie. BESOIN CONCRET

  

Peux-tu en tenir compte et agir différemment  la prochaine fois ? DEMANDE

 

 

  •  Que propose le Yoga?
  • Il va s'agit surtout de respirer, d'abord en  favorisant l'expire pour évacuer le trop plein émotionnel, puis allonger le souffle avec des suspensions de souffle poumons vides pour revenir dans le bas ventre puis poumons pleins pour faire le plein d'énergie neuve. L'état de colère altère la respiration et nous met en respiration haute. L'alternance de respirations rapides et  de respirations lentes et profondes va rééquilibrer non seulement le souffle mais aussi l'état émotionnel et mental
  • L
  • Kapalabhati pour évacuer le trop plein en alternance avec une respiration carrée pour s'enraciner 
  • Bastrika pour activer le feu de façon alignée et permettre au feu de la colère d'être dirigé de façon bénéfique pour installer un état dynamique et créatif.
  • Les 9 purifiantes de la tradition Bön, pour nettoyer les nadhis des 3 poisons
  • Les suspensions poumons vides pour activer la détente et le lâcher prise- puis les suspensions poumons pleins pour faire le plein d'énergie neuve et légère.
  • Les enchainements toniques pour laisser sortir l'énergie du feu ( salutation soleil, chien tête en haut et en bas...)
  • Les postures debout pour encourager la stabilité, et les flexions avant pour  favoriser le retour à soi ( la colère étant souvent projective, il s'agit de revenir chez soi faire preuve de discernement)
  • Les postures inversées pour changer d'état et voir autrement, pour clamer le mental et lâcher la tête.

 

 

RAUDRA : LE RASA DE LA COLERE

 

Selon la tradition indienne, raudra est le rasa de colère. Il est rajasique c’est-à-dire que c’est un feu qui brûle. Ce feu   lorsqu’il brûle trop dans un corps transforme sa chimie intérieure et le rend trop acide. Cela peut cause des problèmes dans les articulations et les muscles, cela affecte le cœur, affaiblit le système digestif, le système nerveux et la vision.

 

Dans la mythologie indienne, la déesse Durga  est amenée à tuer le démon de la colère Mahisha, représenté par un buffle.

Tous les dieux offrirent a Durga des armes pour combattre Mahisha.

 

Ces armes étaient  le tridents de Shiva, le lotus de Vishnu. Ces armes représentent notre capacité à tuer le démon de la colère en nous avec l’aide de nos  énergies  ressources et divines que sont le pardon, la compréhension, le calme bienveillant,la joie et l’humour etc...

 

 

Le calme bienveillant est le rasa médecine de la colère .

 

Il est aussi possible de se tourner vers les autres «  rasas ennemis » de la colère comme la joie ( voir l’humour de la situation par exemple car parfois on s’énerve pour pas grand-chose) ou l’amour en se pardonnant ou pardonnant à celui qui s’est mis en colère, en développant la capacité de voir sa souffrance et son point de vue.

 

 

 

HUILES ESSENTIELLES ET COLERE

 

  • Le cèdre : il ancre. Il est la »douce autorité « qui nous rend à notre sagesse intérieure

 

  • La mandarine : Elle donne la conscience du présent et aide à une meilleure connexion avec soi. Elle a une joie enfantine, une légèreté et une douceur énergisante.

 

  • Le petit grain bigarade : Il calme le système nerveux et est apaisant pour le cœur

 

  • La marjolaine : Elle fait prendre conscience de nos peurs. Elle nous aide à calmer nos angoisses et de nous recentrer.

 

  • L’angélique : Elle donne courage et volonté et nous relie à notre intuition

 

  • La camomille romaine : Elle insuffle paix et sagesse tout en aidant é développer la patience

 

 

 

Ces 6 huiles peuvent s’utiliser en synergie : créer un roll on par exemple à appliquer sur le plexus et les poignets, à renifler,  ou en diffusion dans la pièce.

 

 

Après la tempête, le basilic tropical aide à faire la paix avec soi- même. Il gagne alors à être utilisé en massage du ventre et du plexus.

 

 

 

 

 

Autres mélanges :

 

  •  Petit grain (30gtte ), menthe poivrée (5 gttes), mandarine zeste (10 gttes) . 3 ggtes du mélange sur le plexus avec un peu d'huile végétale

 

  • Pour les enfants : ylang ylang 2ggtes,  marjolaine (15 gttes) à diffuser